Au premier abord, la nouvelle est réjouissante. Le 26 mars, l’Office français de la biodiversité (OFB) a déclaré avoir recensé 108 ours différents dans les Pyrénées en 2025. Un record. Entre 2006 et 2024, le taux d’accroissement moyen annuel de la population « est estimé à +11,53 % pour l’ensemble des Pyrénées », note même l’établissement public, relayé par l’AFP. Un minimum de 6 portées, totalisant 8 oursons, ont d’ailleurs été détectées l’an passé. Seulement, dans un communiqué publié le même jour, l’association Pays de l’Ours-Adet déplore en parallèle l’érosion génétique « sévère » de l’espèce, menaçant sa viabilité future.
Et pour cause : 90 % des ours présents dans les Pyrénées descendent de seulement deux femelles et un mâle. « Cette base fondatrice extrêmement étroite a conduit à un triplement de la consanguinité en vingt ans. Sans intervention rapide, ce taux devrait encore doubler d’ici deux décennies. » Or, la consanguinité n’est pas sans conséquence. Elle réduit la taille des portées et la dispersion natale, mais diminue également les chances de survie des oursons.
Directeur de l’association, Alain Reynes tient pour responsables les gouvernements successifs ayant négligé, voire occulté, les alertes scientifiques préconisant de lâcher des ours : « Nous ne pouvons plus fermer les yeux, il y a urgence à enrayer la consanguinité. Il en est encore temps, mais l’inaction n’est plus une option. »

De 5 à 108 ours dans les Pyrénées avec Pays de l'Ours.
En 1996, il ne restait plus que 5 ours autochtones dans les Pyrénées. Avec le relâcher de Živa, une ourse slovène de 6 ans, débutait un vaste programme de réintroduction soutenu par Pays de l’Ours. Trente ans plus tard, la population compte 108 ours : l’espèce a été sauvée de l’extinction. Mais ce succès reste fragile, le faible brassage génétique inquiète les scientifiques, qui alertent sur les risques de consanguinité : baisse de fertilité, maladies, malformations ou mortalité accrue des jeunes. Pour préserver durablement l’ours brun, de nouveaux relâchers restent nécessaires afin de renforcer la diversité génétique.
Sources : Pays de l’Ours, Reporterre, Le Monde
